
Phuket, Samui, Koh Phangan : la Thaïlande serre la vis aux commerces étrangers
Écrit par la rédaction de theo-courant.com, votre guide de référence sur la Thaïlande et l'Asie du Sud-Est.

Restaurants, villas, cafés, agences ou écoles de yoga : dans les îles touristiques du sud de la Thaïlande, les autorités multiplient les enquêtes sur les entreprises détenues par des étrangers via des montages juridiques thaïlandais. Derrière cette offensive, Bangkok cherche à reprendre le contrôle d’une économie touristique devenue largement internationale.
Une économie touristique devenue largement étrangère
Pendant longtemps, Koh Samui et Koh Phangan vivaient principalement de la pêche, du cocotier et d’un tourisme encore marginal. Mais depuis les années 1980, l’ouverture progressive de la Thaïlande au tourisme international a profondément transformé ces îles du golfe de Thaïlande. Phuket a suivi une trajectoire similaire, mais à une échelle encore plus importante.
Avec l’arrivée massive des visiteurs étrangers, les investissements ont explosé : hôtels, cafés, restaurants, agences immobilières, centres de plongée, clubs de sport ou villas de luxe se sont multipliés. Sur Koh Samui, le tourisme attire aujourd’hui plusieurs millions de visiteurs par an et constitue le principal moteur économique local.
Cette croissance a aussi entraîné une internationalisation progressive du tissu économique. Selon les chiffres du Département du développement commercial thaïlandais (DBD), 11 426 entreprises liées à des investissements étrangers ont été identifiées sur Koh Samui et Koh Phangan, soit près de 68 % des sociétés enregistrées sur les deux îles.
Les nationalités les plus représentées varient selon les zones :
- Français ;
- Britanniques ;
- Russes ;
- Israéliens ;
- Chinois.
À Koh Phangan, les investisseurs israéliens, français, britanniques et russes figurent parmi les plus présents. À Koh Samui, les Français, Britanniques, Russes, Chinois et Israéliens dominent plusieurs secteurs liés au tourisme et à l’immobilier.
L’explosion du tourisme a transformé l’économie des îles
La pression actuelle sur les commerces étrangers s’explique aussi par la croissance spectaculaire du tourisme dans le sud de la Thaïlande au cours des dix dernières années.
À Phuket, la reprise post-Covid a été particulièrement rapide. Selon la Tourism Authority of Thailand (TAT), l’île a accueilli 3,89 millions de visiteurs entre janvier et mars 2025, générant près de 149 milliards de bahts de revenus touristiques. Les arrivées internationales oscillent désormais entre 17 000 et 18 000 visiteurs par jour.
Le marché immobilier et hôtelier suit la même dynamique. Phuket International Airport a enregistré plus de 2,7 millions de passagers internationaux au premier semestre 2025, en hausse de 5,6 % sur un an. Depuis 2015, le nombre d’arrivées internationales à Phuket progresse en moyenne de 4,6 % par an.
Koh Samui connaît également une croissance soutenue. Entre janvier et avril 2025, l’aéroport de l’île a enregistré 1,12 million de passagers, soit une hausse de 9 % par rapport à 2024. Sur l’ensemble de l’année précédente, Koh Samui avait déjà dépassé ses niveaux pré-pandémie avec 2,78 millions d’arrivées aériennes.
Cette expansion du tourisme s’accompagne d’un afflux massif de capitaux étrangers dans l’hôtellerie, les villas de luxe, les restaurants, les cafés et les activités de loisirs. À Phuket comme à Koh Samui, l’économie locale dépend désormais très fortement des visiteurs internationaux. Selon des statistiques relayées sur Reddit à partir de données officielles thaïlandaises, 92 % des revenus touristiques de Phuket proviennent aujourd’hui des touristes étrangers, contre 72 % dans la province de Surat Thani, où se situe Koh Samui.
Le système des “nominees”, au cœur des enquêtes
Le cœur du problème concerne l’utilisation de nominees, un système de prête-noms thaïlandais permettant à des étrangers de contrôler indirectement des entreprises normalement limitées par la loi.
En Thaïlande, plusieurs activités restent protégées par le Foreign Business Act. Les étrangers ne peuvent pas posséder librement certains commerces ou terrains. Pour contourner ces restrictions, certains entrepreneurs utilisent des associés thaïlandais détenant officiellement la majorité des parts, alors que le contrôle réel reste étranger.
Pendant des années, les autorités ont fermé les yeux sur ces pratiques, notamment pour encourager les investissements et soutenir le développement touristique. Mais la situation semble avoir changé.
Le ministère du Commerce estime aujourd’hui que ces montages créent des déséquilibres économiques, alimentent la spéculation immobilière et réduisent les opportunités pour les entrepreneurs thaïlandais.
Les autorités ont récemment découvert plusieurs cas emblématiques :
- un citoyen thaïlandais enregistré comme actionnaire dans 87 sociétés différentes ;
- un cabinet comptable lié à 89 entreprises suspectées d’être des coquilles vides ;
- plusieurs projets immobiliers de luxe soupçonnés d’évasion fiscale et d’utilisation illégale de terrains.
Le gouvernement parle désormais ouvertement de crimes économiques.
Pourquoi Phuket, Koh Samui et Koh Phangan sont particulièrement visées
Les trois îles concentrent plusieurs phénomènes devenus sensibles pour Bangkok :
- explosion du tourisme international ;
- hausse des prix immobiliers ;
- arrivée massive de capitaux étrangers ;
- multiplication des commerces détenus indirectement par des non-Thaïlandais.
À Koh Phangan, l’économie liée aux Full Moon Parties, au yoga, au bien-être et aux communautés expatriées a accéléré cette transformation. Phuket, de son côté, attire depuis des années des investisseurs russes, chinois et européens dans l’hôtellerie, la restauration et l’immobilier.
Après la pandémie de Covid-19, les autorités thaïlandaises ont aussi cherché à mieux contrôler les flux financiers et la propriété des entreprises. La reprise rapide du tourisme a relancé les inquiétudes autour de la spéculation et de l’influence étrangère dans certaines zones devenues très dépendantes des capitaux internationaux.
Cette pression est également politique. Dans plusieurs régions touristiques, certains habitants dénoncent une économie où les Thaïlandais deviennent progressivement employés plutôt que propriétaires.
Entre besoin des investisseurs étrangers et volonté de reprendre le contrôle
La Thaïlande reste dépendante du tourisme international et des investissements étrangers. Les autorités ne cherchent donc pas à fermer totalement la porte aux entrepreneurs étrangers. Bangkok affirme au contraire vouloir distinguer les investissements légaux des structures jugées opaques.
Le gouvernement reconnaît lui-même avoir privilégié pendant des années la facilité des enregistrements d’entreprises au détriment des contrôles approfondis. Désormais, les vérifications sont renforcées et plusieurs dossiers ont été transmis aux autorités anti-blanchiment et aux services d’enquête spéciaux.
Pour les expatriés installés légalement, cette nouvelle politique crée toutefois un climat d’incertitude. Beaucoup rappellent que le développement touristique des îles s’est aussi construit grâce aux investissements étrangers, notamment dans des zones autrefois peu développées.
La question dépasse donc la simple légalité des sociétés. Elle touche au modèle économique des îles touristiques thaïlandaises et à la place que le royaume souhaite laisser aux communautés étrangères dans son économie locale.
Qu’est-ce que le Foreign Business Act en Thaïlande ?
Adopté en 1999, le Foreign Business Act (FBA) encadre les activités économiques accessibles aux étrangers en Thaïlande.
Cette loi limite ou interdit aux non-Thaïlandais de posséder majoritairement certaines entreprises considérées comme stratégiques ou sensibles pour l’économie nationale.
Plusieurs secteurs restent concernés :
- commerce de détail ;
- restauration ;
- services touristiques ;
- immobilier foncier ;
- artisanat ;
- agriculture ;
- certains services.
Pour contourner ces restrictions, certains investisseurs utilisent des sociétés mixtes avec des actionnaires thaïlandais servant de prête-noms (nominees), une pratique officiellement illégale lorsqu’elle masque un contrôle étranger réel.
Le gouvernement affirme vouloir distinguer les investissements étrangers légaux des structures jugées opaques ou frauduleuses.
FAQ
Pourquoi la Thaïlande enquête-t-elle sur les commerces étrangers ?
Les autorités cherchent à lutter contre les sociétés utilisant des prête-noms thaïlandais afin de contourner les restrictions imposées aux investisseurs étrangers.
Qu’est-ce qu’un nominee en Thaïlande ?
Un nominee est un associé thaïlandais utilisé comme prête-nom pour permettre à un étranger de contrôler indirectement une entreprise ou un terrain.
Quelles nationalités sont les plus présentes à Koh Samui et Koh Phangan ?
Les autorités thaïlandaises citent principalement des investisseurs français, britanniques, russes, israéliens et chinois.
Les étrangers peuvent-ils posséder un commerce en Thaïlande ?
Oui, mais certaines activités restent limitées par la loi thaïlandaise. De nombreux entrepreneurs étrangers passent alors par des structures mixtes ou des sociétés spécifiques.
Pourquoi Phuket et Koh Phangan sont-elles particulièrement surveillées ?
Ces îles connaissent une forte concentration d’investissements étrangers liés au tourisme, à l’immobilier et à l’hôtellerie.







